2-1

La méditation , Zazen
le coeur de la voie

Cette vie aura tant de profondeur et de sens,qu’elle aura de conscience.

            Qu’est-ce que méditer ?


Les techniques, moyens et essais de méditations prolifèrent aujourd’hui, lierre vigoureux sur les murs de nos besoins criants de profondeur.
Mais on a mis tout et n’importe quoi dans ce mot ‘méditation’, transformant le plus merveilleux trésor de l’humanité en des pratiques new-age, de paix cosmétique, de sérénité parfois niaise, et d’autres simples techniques d’apaisement, nombreuses, hélas aussi évanescentes que mercantiles. On veut méditer pour obtenir quelque chose, pour saisir le bonheur absolu, pour se défaire de cette vie, pour chasser le stress et les problèmes, pour tourner le dos aux difficultés de la vie et anesthésier ce qui va ou fait mal.

Zazen, n’est rien de tout cela.


Zazen c’est le retour à l’expérience primordiale du Bouddha Sakyamuni. Assis, immuables, présents. Ce n’est pas une technique de relaxation, ce n’est pas une fuite du réel, et ce n’est pas non plus le moyen d’atteindre d’autres mondes ou d’autres états mentaux et spirituels que la réalité.

 

Tout le monde veut « être zen » aujourd’hui…
Mais qu’est-ce qu’être zen ? C’est atteindre un sourire permanent d’un esprit ‘botoxé’ ? C’est ne plus ressentir la souffrance, l’épreuve ? Obtenir une autre vie, faite uniquement de béatitude soudaine ?

«Être zen, par essence, c'est l'art de savoir lire en soi-même.» Disait Maître Suzuki.

 

Lire en soi même, c’est emprunter le chemin paisible et serein, sans attente, de la réconciliation avec soi, avec son histoire, ici, présentement. Cela revient très vite à comprendre qu’il s’agit de faire l’expérience de l’Inconnu. A cet endroit précis et intime où les mots ne peuvent plus faire face, ni les concepts, ni les acquis. Atteindre sereinement cet espace en soi, le percevoir, le recevoir comme un appel profond sans cesse renouvelé, c’est s’éveiller.

 

Mais l’inconnu nous fait peur. On veut savoir où l’on va, ce qu’on y gagne, en combien de temps et comment. Hélas, voici notre plus grande illusion. Rien ne peut être saisi et retenu, en dehors de l’instant présent pleinement savouré et tout aussi tôt passé.
Quand on s’attarde sur la notion d’inconnu, et qu’on laisse nos vues égotiques s’apaiser, alors cet inconnu il cesse de nous faire peur pour commencer à nous émerveiller. L’enfant qui attends une surprise. Chaque instant de notre existence peut de venir cette surprise. Chaque instant nous montre que sans cesse notre vie peut être neuve. Le plus touchant de cette expérience, le plus extraordinaire est la compréhension que nous sommes les seuls écrivains de notre vie, et par ricochet de la vie de ce monde.

 

S’éveiller. Cela paraît grandiose. On met tant d’attentes et d’espoirs dans ce mot ‘s’éveiller’. C’est pourtant une expérience qui a lieu sous nos yeux, au creux de nos existences chaque jour, chaque instant. Seulement nous n’en avons pas conscience. Conscience de quoi ? De nos illusions avant tout. De nos égarements perpétuels dans des vies parallèles à la seule vie véritable, c’est à dire celle qui n’est qu’une succession d’instants éphémères, qui apparaissent et disparaissent aussitôt. Et immensément précieux justement car éphémères. On vit endormis dans nos passés qui n’existent plus, ou rêveurs naïfs de futurs qui n’existe pas encore. On regrette et on ressasse dans le premier cas, et on crée angoisses et tensions dans l’autre. Et puis, et puis on passe à côté du seul lieu où nous pouvons vivre pleinement notre existence : l’instant présent.

 

Zazen c’est l’art de s’immerger et de s’ouvrir au présent.
Et avec la rivière, couler.

Il n’y a pas de combat, il n’y a rien à rejeter de nos illusions, rien à évacuer de nos égarements : il est juste question de les révéler.
Et passer.
Tout comme il n’y a pas à faire de nos talents des montagnes, où de nous surexciter de nos bonheurs ; il n’y a qu’à les savourer, les partager.
Et passer.

 

«Ceux qui éveillent grandement l’illusion sont des bouddhas, alors que ceux qui s’illusionnent sur l’éveil sont déjà égarés.»
(Maître Dôgen)

 

Accepter de recevoir cette existence ici et maintenant, au cœur de l’univers parfait, pleinement conscients c’est zazen.
S’asseoir les mains ouvertes. En une merveilleuse simplicité.
Car sur une main ouverte tout peut advenir, tout peut se poser.
Et tout peut s’en aller, tout peut repartir.

 

«Nous devons garder l'esprit neuf d'un enfant ou d’un novice, affranchi de toute possession, un esprit qui sait que tout est en changement continuel. Rien n'existe si ce n'est momentanément dans sa forme et sa couleur actuelles. Une chose coule en une autre sans pouvoir être saisie. Avant la fin de la pluie, nous entendons un chant d'oiseau. Même sous la neige épaisse, nous voyons poindre des perce-neige et des pousses nouvelles.»
(Maître Suzuki)