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Transmission

La transmission de Maître zen, n’est pour autant pas une question de carrière, ni de certificats ni moins encore de chapelles et d‘appartenance à des églises zen plus ou moins authentiques.
Le Shiho, appelé aussi Denpô, est la transmission de cœur à cœur entre un maître et son successeur et elle ne saurait dépendre d’un système administratif. La seule authenticité de la transmission d’un Maître ne réside ni dans un cursus, ni dans la validation par des institutions, mais dans la seule transmission sincère et intime de la part d’un maître qui lui même est inscrit par le Shiho dans la lignée des Bouddhas.

A l’époque du Bouddha et jusqu’au XIXè siècle d’ailleurs la transmission de Maître zen n’était pas lourdement codifiée et ne se valait pas d’enregistrements certifiés par des organisations institutionnelles religieuses ; elle n’était que l’affaire intime entre maitre et disciple, entre celui qui transmets et celui qui reçoit, entre bouddha et bouddha.
Par ailleurs, beaucoup des transmissions de Patriarches qu’aujourd’hui toutes les instances officielles du zen reconnaissent, ont parfois été reçue de manière plus qu’originale voir même étonnante ; dans nos temples et dans nos dojos, nous chantons tous les matins la longue liste des Patriarches, du Bouddha jusqu’à notre maître actuel inclinant respectueusement la tête et tenant tout notre corps et notre esprit affectueusement présents à la liste des noms de ces prédécesseurs qui ont donné leur vie pour transmettre l’enseignement précieux du Bouddha. Dans cette liste la transmission du Dharma a été donnée et reçue parfois sans logique cartésienne, dogmatique ou procédurière mais dans la simple manifestation du cœur à cœur de l’éveil des bouddhas. Mais toutes elles sont reliées par une rencontre, une attestation qui se manifeste naturellement, un lien d’esprit à esprit, de cœur à cœur. Ininterrompu.
« Les circonstances tout comme les modes de transmission ont été variées et leurs déclinaisons parfois surprenantes. Ainsi dans la liste des patriarches chinois, Touzi Yiqing (jap. Tōsu Gisei, 1032-1083), le successeur du maître Dayang Jingxuan (jap. Taiyō Kyōgen, 942-1027) naquit quelques années après la mort de ce dernier. Pourtant il est bien considéré comme son successeur direct. Dayang n’ayant pas trouvé d’héritier demanda à l’un de ses amis, qui appartenait, lui, à une lignée de l’école Linji (jap. Rinzai), de sélectionner après sa mort quelqu’un parmi ses meilleurs disciples et de lui conférer le dharma en son nom. L’exemple est un peu exceptionnel, mais montre la multiplicité des visages qu’a pu prendre ou que prend encore cette transmission dans les écoles zen. On dit qu’il suffit d’une rencontre nocturne entre Yongjia Xuanjue (jap. Yōka Genkaku, 665-713), l’auteur du célèbre “Chant de la réalisation de la voie” (ch. Zhengdaoge ; jap. Shōdōka), et le sixième patriarche pour que ce dernier le reconnaisse comme son successeur. Le surnom de Xuanjue est d’ailleurs “Éveil-d’une-nuit”. Plus près de nous, le maître japonais Manzan Dōhaku donna sa transmission à un seigneur nommé Matsudaira qui n’était pourtant pas l’un de ses disciples attitrés. À l’occasion d’une invitation, Matsudaira qui était versé dans la pratique et l’étude du Zen, l’interrogea sur un passage du “Recueil de la falaise verte” (ch. Biyanlu ; jap. Hekiganroku). En guise de réponse, Manzan se contenta de pointer son doigt, ce qui avait immédiatement déclenché l’éveil (jap. satori) du seigneur. Manzan lui conféra alors sa transmission. » (Citation du Maître zen Eric Rommeluere)

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La véritable transmission réside dans le Kesa avant toute chose. Il n’y a pas de transmission plus importante que celle du Kesa, la robe de la pratique, le champ de l’éveil, la manifestation du Dharma. Rien n’est plus haut que la réception du Kesa par les mains du Maître zen ; le Kesa que nous cousons des moins durant et qui devient lui même la pratique de la Voie. Le Bouddha par ailleurs n’a rien transmis d’autre que le Kesa. C’est le Kesa que nous vénérons le matin, le posant sur notre tête les mains jointes chantant le Sutra de la Robe de Libération, et pas le bâton de maître.
La plus précieuse transmission demeure donc celle du saint Kesa.

Quant à la Transmission des successeurs du Dharma elle est authentifié par les Shisho pendant la cérémonie de Shiho pour simplement authentifier, valider et inscrire symboliquement dans le temps et au cœur de la famille des Patriarches le nouvel héritier dans un lien interrompu depuis le Bouddha. C’est un acte fort, profond, symbolique, qui manifeste la certification par tous les existants au sein de cette relation précieuse entre un maître et son successeur.

Ca ne doit en rien être une procédure administrative, carriériste, une sorte de trophée de pouvoir, ou de certificat de sagesse ou autre supériorité comme c’est parfois, hélas, le cas ; ce n’est pas ainsi que le Bouddha ni nos fondateurs ont reçu, vécu et transmis le Dharma.

Devenir Maître zen n’est pas atteindre un but, une posture ou un trône d’arrivée.
Devenir Maître zen c’est commencer réellement à transmettre l’enseignement du bouddha et prendre en soi la responsabilité de la Grande Affaire d’aider tous les êtres, confiant sa propre vie sans limites au Dharma.

Ce qui est sur est que personne ne peut « se donner » la transmission par soi même et qu’il est inconcevable que de recevoir la transmission de quelqu’un qui ne l’a pas reçue lui-même dans une lignée traçable et authentique dans le sens de la sincérité et de l’honnêteté de la succession elle-même.
Avant de recevoir la transmission, le disciple pratique pendant de longues années, parfois auprès de différents maitres, parfois à la suite du même maître. Et la préparation à la transmission est une période forte d’apprentissage et de passation, d’étude, d’épreuve, d’approfondissement, d’héritage du savoir et de la pratique intense.

Aussi il y a aujourd’hui des lignées qui sont enregistrées dans les grandes institutions et organisations zen, et d’autres qui sont indépendantes par choix, mais dans un cas comme dans l’autre la seule authenticité est celle de la transmission de cœur à cœur entre un maitre inscrit dans un lignage traçable et son successeur, l’un comme l’autre héritiers du Dharma, des Bouddhas et des Patriarches.

L’Occident connaitra bientôt et sans aucun doute ses propres lignages, voire ses propres formes de transmission du bouddhisme zen, tout comme l’Inde connut les siens, puis la Chine, la Corée, le Japon connurent les leurs ; tous très différents mais tous unifiés par les lignées des Maîtres et Patriarches.

Beaucoup cherchent à trouver un « maitre authentique » en se basant sur les seuls documents qui attestent de sa transmission. Ces documents sont importants et parfois bien nécessaires. Mais comme l’enseigne Dôgen dans le Shôbôgenzô le seul moyen de découvrir un maître authentique est de pratiquer à ses côtés de vivre dans la relation réelle au quotidien et d ‘observer ce que son enseignement engendre. Et peut être au lieu de trouver ce prétendu « maître authentique », découvrir un ami de bien.

Dans la rubrique suivante vous trouverez le lignage officiel de notre communauté et de notre Enseiagnant Federico Dainin Jôkô Procopio ; notre lignée est inscrite dans l’Ecole zen Sôtô fondée et réformée par les Maîtres Eihei Dôgen et Keizan Jôkin (XIIIè et XIVè siècle), remontant au Patriarche Indien Bodhidharma, puis au Bouddha Sakyamuni.