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Devenir bouddhiste ou devenir Bouddha


 

Un des premiers actes importants qui ont lieu quand fait le choix de pratiquer le bouddhisme zen est JUKAI.

 

Ju. se traduit par "recevoir", et 戒 Kai veut dire "les préceptes bouddhiques" traduisible aussi par "les défenses", “les directions “ .
Jukai | 受戒 peut se traduire littéralement par : recevoir, accepter les préceptes ou recevoir, accepter les défenses, la/les directions .


Tous les êtres peuvent demander à recevoir Jukai dans la formule destinée aux laïques.
C’est un engagement joyeux; le choix de poser une pierre solide, belle, épanouissante, engagée et durable au vaste et impermanent édifice de notre vie.

De nos jours le bouddhisme attire, interpelle et séduit. Le bouddhisme zen encore plus par son univers esthétique et mystérieux.
Sans doute l’enseignement du Bouddha Sakyamuni qui commence à s’enraciner en Occident porte en son sein beaucoup de réponses à un monde qui a perdu du sens.
Les grandes religions du monde en ayant créé un nombre incroyable de dogmes qu’elles ont elles-mêmes trahi, ont déçu l’homme et petit à petit l’ont détourné puis éloigné d’un chemin spirituel.
Et on se tourne de plus en plus vers le bouddhisme croyant qu’il s’agit là d’une voie sans engagement et tres “cool”.
C’est une idée reçue très exotique et erronée.
La Voie enseignée et transmise par le Bouddha, puis par les grands Maîtres, est un engagement profond de chaque instant d’une vie approfondie, enracinée, réconciliée; d’une vie pétrie dans l’éthique et la réalisation d’une existence épanouie et vraie.

C’est pour cela que dans le bouddhisme il est possible de recevoir les préceptes, jukai, mais cela nous le comparons trop souvent à un rite initiatique d’appartenance, un peu comme un baptême. Or, recevoir les préceptes contrairement à nos stéréotypes, n’est pas la soumissions à une autorité religieuse, ni à un dogme, ni au Bouddha, ni à son enseignement. On ne devient pas “bouddhiste”, c’est absurde en soi.

Recevoir les préceptes c’est très concrètement faire le choix de notre liberté profonde portés, et non pas soumis, par l’enseignement du Bouddha, sa vision de la vie et du monde, son expérience profonde de l’éveil incarné, sa philosophie de vie et sa foi.
Aussi, ceux qui font le choix de recevoir les préceptes bouddhiques, font le vœu non pas tant de prendre refuge mais devenir refuge; non pas tant de suivre l’enseignement, bien que cela soit nécessaire pour s’approfondir, mais devenir enseignement.

Les préceptes ne sont pas une ordonnance sacrée; les préceptes sont le choix solennel, libre et profond, de prendre une direction précise en cette vie, la direction de celui qui laisse l’éveil profond se réaliser en lui.
Célébrer, fait partie de la vie, et les préceptes sont un moment de célébration de cette immense merveille que nous avons un jour perçu en nous, et par là même reconnue en tous les êtres, et que nous faisons vœu de protéger et de sans cesse manifester pour notre plus profond bonheur ainsi que pour le bien de tous les êtres.

C’est ainsi que celles ou ceux qui font un jour le choix de s’engager sur la Voie enseignée par le Bouddha, d’en faire l’expérience, de réaliser l’éveil, ne font pas le vœu de devenir bouddhistes, mais de devenir des bouddhas, c’est à dire de manifester notre plus profonde sagesse, de nous délivrer des illusions qui engendrent nos souffrances et transfigurés d’un bonheur profond et intense aider tous les êtres.
C’est de tout son cœur que le pratiquant zen reçoit ces préceptes et qu’il s’emploie à les garder avec enthousiasme et joie.

Il est aussi important de comprendre le sens profond de la pierre angulaire de l’acte de recevoir les préceptes.
La rite commun à tous les bouddhistes avant de recevoir les préceptes s’appelle “Prendre Refuge”.
La prise de refuge est en quelque sorte l’entrée dans la Voie. On prends refuge dans les Trois Joyaux, Bouddha, Dharma et Sangha.
Tres souvent on enseigne que le Bouddha est le Bouddha Sakyamuni, le Dharma son enseignement et la Sangha la communauté des pratiquants. Mais cet enseignement est erroné, ou tout du moins réducteur. Les Trois Joyaux ne sont pas des objets figés dans le temps mais sont la pratique même sans cesse actualisée et émerveillante.
Ainsi je préfère enseigner et transmettre les Trois Joyaux comme suit:
• Prendre refuge dans le Bouddha signifie prendre refuge en l’éveil originel qui constitue chaque être sensible. Bien entendu que le Bouddha est le Maître originel vers qui chaque jour s’élève ma reconnaissance; et c’est en cet éveil universel même que je prends refuge.
• Prendre refuge dans le Dharma signifie se libérer de toute discrimination mentale et s’abandonner à la sagesse qui s’exprime en toute chose et en tout phénomène, cette sagesse même qui est en chaque être, en chaque manifestation de l’univers; bien entendu le Dharma est l’enseignement transmis par le Bouddha, mais le cœur même de cet enseignement est que tout, absolument tout est Dharma, tout enseigne; le souffle du vent, une fleur qui s’épanouit, le sourire d’un enfant, la beauté du cosmos...tout est enseignement et c’est en cette ouverture, en cette sagesse que je prends refuge pour que ma vie elle même devienne enseignement et refuge.
• Prendre refuge en la Sangha signifie prendre refuge en la compassion; certes la communauté des pratiquants est un lien très fort, mais ce lien n’a de but que de m’enseigner que nous sommes tous liés par l’indépendance et que ce que je suis agit sur tous les êtres à chaque instant. Aussi développer la vision de l’humanité lié et unifiée c’est réaliser une vaste compassion.

Voici le verset de prise de refuge de la cérémonie des préceptes:

« Je prends refuge dans le Bouddha
Ensemble, avec tous les êtres, puissè-je réaliser avec ce corps
La vie cosmique qui conduit au plus vaste esprit d’éveil.
Je prends refuge dans le Dharma
Ensemble, avec tous les êtres, puissè-je pénétrer tous les sûtras de l’Univers
La grande sagesse qui émane de toute chose, vaste comme l’océan.
Je prends refuge en la Sangha
Ensemble, avec tous les êtres, puissè-je vivre avec la communauté des êtres sensibles,
Dans la pure harmonie, la vaste compassion et la joie enthousiaste qui est sans attachement. »
Sûtra « Sankiraimon », chanté pendant la cérémonie de jukai.

Quant aux “kai”, les préceptes, ils sont en nombre de 16 (les trois incommensurables, les 10 percepts et le triple refuge) dans le boudhdisme zen Sôtô; souvent traduits par une liste d’interdictions, ils n’ont aps été compris dans l’esprit même de l’enseignement du Bouddha. Les préceptes ne sont pas des règles ou des interdictions encore une fois, mais bel et bien une direction qui libère et qui épanouit. Au sein des dojos de La Montagne Sans Sommet ils sont transmis dans la formule suivante:
• Protéger la vie dans toutes ses formes et célébrer l’existence à chaque instant.
• Partager et donner généreusement et trouver ma joie dans le bonheur des autres.
• Aimer au dessus de tout et aimer en toute circonstance.
• M’évertuer à la transparence et la sincérité.
• Que mes pensées, mes paroles et mes actes soient empreints de bienveillance et de profondeur.
• Vivre une vie consciente et libérée de toute dépendance, fleurissante d’enthousiasme.
• En toute situation aider l’autre à grandir et à se relever de ses erreur sans jamais l’humilier; toujours essayer de trouver et mettre en lumière le bien et le bon en chaque être, et avec bienveillance en oublier les erreurs.
• Développer chaque jour un vaste esprit de reconnaissance et de gratitude, sans vouloir tout posséder.
• Tourner les pages des jours sans garder rancune et sans entretenir la colère, mais profondément développer la joie du pardon.
• Garder précieusement l’enseignement du Bouddha, le recevoir sans cesse et sans cesse le donner en plénitude.

Puis les préceptes se résument en trois versets qui appellent à générer le bien pour tous les êtres et ne jamais engendrer le mal pour qui que ce soit.
L’ordination des laïques, la cérémonie de Jukai pour les laïques, marque l’entrée dans la grande famille bouddhique remontant par une filiation traçable de maître en maître jusqu’au Bouddha.
Cette cérémonie est appelée “l’ordination de bodhisattva”, ou manifester l’être d’éveil en soi à chaque instant, œuvrer à nous libérer de la souffrance et et tendre la main à tous les êters pour qu’ils en fassent d’autant.

C’est un moment important dans la vie d’un être humain que le choix sincère de vouloir donner une direction bienveillante et profonde à la vie pour son propre bien et pour le bien de tous les êtres.
C’est un acte important que de prononcer Jukai.
Pour cela la cérémonie est solennelle et recueillie, et pendant la célébration de ce moment fort la maître remet trois symboles importants qui scellent cette étape humaine spirituelle importante:
• Le Rakusu, le tablier qui représente le manteau du Bouddha (que le pratiquant va coudre lui même dans les semaines qui précèdent la cérémonie) cousu comme le Bouddha lui même l’a cousu, dont la symbolique est extrêmement forte. (Voir la rubrique sur le Kesa)
• Le nom de Dharma, un nom bouddhique choisi par le maître et découvert par le pratiquant au moment de la cérémonie. Ce nom est comme un recommencement et il exprime par sa signification à la foi ce que le maître zen à vu dans son disciple et ce qu’il souhaite de son élévation spirituelle et de sa pratique.
• Le Ketsumyaku, la charte officielle d’appartenance à la famille du Bouddha scellée par le sceaux du Bouddha et du maître et sur laquelle apparaît le lignage qui lie celui qui vient de rentrer dans la famille bouddhique en remontant de son nom et, de maître en maître, jusqu’au Bouddha.

La cérémonie de Jukai est un moment fort de notre vie, ou nous faisons juste le vœu de nous élever tout en nous approfondissant et de faire de notre vie la plus belle expression de la réalisation, à la fois réconciliés en nous mêmes et largement ouverts au monde entier.
C’est le moment où nous posons un acte empreint de bienveillance en nous et pour les autres et où nous décidons de redonner du sens à notre vie de tous les jours.

Federico Jôkô PROCOPIO
Moine bouddhiste zen
Fondateur de La Montagne Sans Sommet