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Une girouette....quelques mots d'un bodhisattva

 

Kusen  - Enseignement pendant le zazen du 8 juin 2014, 
Par le bodhisattva Piotr Hoshi san
Paris – Dojo de La Montagne Sans Sommet

 

 

Une girouette....quelques mots d’un bodhisattva

 

 

Avez-vous déjà pensé au caractère majestueux d’une girouette ?

Nord, Sud, Est, Ouest. Sous sa forme traditionnelle, elle est très souvent représentée par des coqs. Hier, j’ai vu une girouette avec deux oies. La rotation de la girouette nous indique dans quel sens tourne le vent. Mais, aussi la girouette nous rappelle que le vent existe.
Et ce vent, que fait-il, que nous apprend-t-il ?

Hier j’ai vu le vent faire bouger les branches des arbres et soulever les feuilles.

Dans le Sandokai, il est écrit :

« Les quatre éléments retournent à leur nature tout comme l’enfant se tourne vers sa mère. Le feu chauffe, le vent bouge, l’eau mouille, la terre est solide (…). Ainsi, pour tout ce qui existe selon ces racines-là, les feuilles se développent. Le tronc et les branches partagent l’essence, noble ou commun, chacun à son discours ».

Avez-vous remarqué que malgré des milliers de floraisons, l’arbre ne cessait jamais d’être lui-même ? Et vous, malgré les phénomènes qui vont et viennent, continuez-vous à être vous-même ? Pensez-vous être graine, pousse, plante, arbuste, feuille, branche ou tronc ?

Les quatre éléments donnent vie à l’arbre. Feu, vent, eau, terre. Partant de la graine, allégrement plantée dans la terre, le vent pousse les nuages, qui libèrent la pluie. De cette eau qui vient joncher les profondeurs de la terre se rallie à elle, la chaleur du soleil. Le grain de sel du soleil nourrit la pousse de feu. Les racines explorent la terre. Puis, soudain, la pousse sort la tête de l’eau. Elle ouvre délicatement les yeux et observe le monde, étranger à son cocon dans laquelle elle a bercé.

La pousse grandit et de petite plante devient arbuste. L’arbuste donne des feuilles que le vent vient caresser, ou reprendre …

Les quatre éléments, lorsque disharmonieusement disposés reprennent les feuilles, ou la graine, ou la pousse, ou la plante ou l’arbuste lui-même.

Tout au long de sa croissance, l’arbuste devient arbre, ses branches robustes, son tronc durci, ses racines bien ancrées dans le sol, son feuillage montant vers le ciel, sa posture humble et solide.

Au gré des saisons, des vents et marées, tempêtes et inondations, son aura s’étend, ses racines avancent, ses feuilles tombent, ses bourgeons ne cessent d’éclore et ainsi se poursuit le cycle de sa vie.

 

Dans le Sandokai, il est dit :

« L’esprit du Grand Sage de l’Inde s’est intimement transmis d’Ouest en Est,

mais la Voie n’a ni Patriarches du Nord, ni Patriarches du Sud ».

« Vent à l’Est, la brume se lève, comme un orage dans l’air, approchant à grands pas. Je ne peux toucher de ma branche ce qui gît par terre, mais je crains ce qui va arriver, ou est déjà arrivé ». Fredonna l’arbre, observèrent les feuilles.

Sentez le son de l’orage, reposé dans une attente sereine.

Ouvrez vos oreilles au silence qui accompagne ce fardeau.

Ce n’est point une fatalité d’avoir une vue sur ce qui va se terminer.

L’une des feuilles répond : « Il n’y a pas de place pour être libre, ma dignité s’est accoutumée à s’accorder à tes rêves. Et tant que le rêve de partir fait déchanter mon cœur, je ne peux imaginer m’envoler sans te regretter ».

Chère feuille, ne plonge pas dans la croyance aux contes, dit l’arbre. Le vent vient, et il ne peut s’arrêter ni d’être vent, ni de souffler. Le vent met en route l’impermanence. Tout change autour de nous, mais rien ne change ce que nous sommes. Toi, jolie feuille, tu devras partir car quand viendra le temps, le lien qui nous relie sera coupé et tu t’envoleras. Je me tiendrai toujours au même endroit et je te regarderai, le cœur serein.

Feu, eau, vent, terre. Nord, Sud, Est, Ouest. Tout change et que reste-t-il ?

Je vais te regarder me quitter, le cœur serein.

Et tournera la girouette …..