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Zazen

 

Kusen  - zazen du 13 avril 2014, 
Par le moine Federico Dainin Jôkô San
Paris – Dojo de La Montagne Sans Sommet

 

 

Zazen

 

Enracinez bien la base du corps dans la terre. Elevez bien le tronc de votre corps sans raideur. N’essayez pas de vous asseoir en zazen mais laissez le zazen vous asseoir paisiblement, calmement. Rentrez légèrement le menton pour que la tête ne tombe pas en arrière.

Puis, petit à petit prenez, conscience de ce miracle merveilleux …….vous respirez. 


Zazen n’est rien d’autre que cette présence de vous-même en vous-même et c’est toute votre splendeur. Inspirez profondément. Observez ce corps qui se dilate. Prenez conscience de votre vie telle qu’elle est ici et maintenant avec toutes les pensées, les émotions, les perceptions, les sensations qui vous traversent. Sentez la vie. Goutez la vie, qui est devant vous, qui vous traverse. Puis expirez lentement et profondément en poussant votre souffle, en poussant votre expiration sans effort, jusqu’en dessous de votre nombril, au plus bas de l’abdomen, dans le kikai tanden, l’océan d’énergie, l’océan de sagesse. Et là lâchez tout. Abandonnez toute pensée, toute émotion, toute perception. Laissez-vous dissoudre dans l’univers. Et puis laissez l’inspiration qui suit jaillir naturellement. Ceci est la vie, votre pleine vie qui coule en vous qui vous remplit et vous vide, qui apparait, qui disparait. Alors soyez juste présents à vous-mêmes et goutez la vie paisiblement. Inspirez et expirez.

Lorsque l’esprit divague, que vos pensées ou vos émotions font du bruit à l’intérieur de vous, revenez à votre posture, enracinés dans la terre, droits vers le ciel, sans bouger ni le corps ni le regard, profondément présents à vous-mêmes. Déjà le brouhaha intérieur s’est apaisé et votre esprit est clair. Soyez juste présents, merveilleusement présents, sereinement présents. Lâchez tout. Dans ce silence serein soyez juste la vie qui répond à la vie. Ne vous accrochez plus à rien et ne rejetez quoique ce soit. Observez les pensées, les émotions, les perceptions, les sensations, observez tout ce qui se passe dans votre esprit comme si vous regardiez les nuages traverser le ciel. Si vous pratiquez cela avec générosité et patience vous pouvez atteindre votre grande paix intérieure. Cette paix intarissable que nul ne peut vous prendre ; et cette paix est votre liberté. Inspirez, ressentez la vie puis expirez profondément et lâchez tout.
Abandonnez votre corps à la posture ; votre présence est la vie qui répond à la vie. Demeurez dans cette quiétude face à vous-mêmes avec tout l’amour dont vous êtes capable. Le premier être à aimer au monde c’est vous-même. Mais pour savoir qui est cet être à aimer vous devez vous percevoir, vous connaitre, vous comprendre. Alors dans ce silence abandonnez tout. Ne soyez rien d’autre que la présence, qui n’attend rien.
Il s’en vient les mains vides. Il s’en va les mains vides. Voici l’être vivant. Quand vous êtes né d’où veniez-vous ? Lorsque vous mourrez où vous en irez-vous ? La vie est comme un nuage flottant qui apparait. La mort est comme un nuage flottant qui disparait. Mais il y a une chose pure et claire qui ne dépend ni de la vie ni de la mort, ni du bien ni du mal, ni du bonheur ni du malheur. Zazen est le retour à cela, à votre nature véritable, à notre grande sagesse, à notre lumière intérieure.

Ce lieu profond, intime et vaste qui ne dépend ni de la vie ni de la mort, ni du bien ni du mal, ni du bonheur ni du malheur, ni de l’échec ni de la réussite, ni de la joie ni de la tristesse. Atteindre cela c’est atteindre notre nature profonde et véritable, notre nature de bouddha, de sagesse, d’éveillés. Mais il faut quitter la vision dualiste du monde, la vision dualiste de notre esprit, beau-laid, bon-mauvais, bien-mal, vie-mort, joie-tristesse, hétérosexuel-homosexuel, crétin-intelligent. Quitter cette vision dualiste de notre esprit, car s’il reste ne serait-ce qu’une seule infime trace de ceci ou de cela, de ce qui est juste ou de ce qui est erroné, nous sommes perdus dans la confusion.

Si votre esprit est libre et imperturbable par ceci ou par cela alors rien au monde ne pourra plus vous troubler, et lorsque quelque chose cesse de nous troubler le monde ancien a disparu ; là, la grande liberté de bouddha se manifeste dans notre vie.

Cela commence ici dans votre zazen. Certains pensent « oh ma posture est belle », « oh ma posture est terrible », « ma concentration est confuse, je n’arrive pas à faire une belle séance de méditation », voilà que ici déjà commence notre pensée dualiste : bien-mal, beau-laid, réussi-pas réussi. Méditer en zazen nous libère même de cela et nous éduque à recevoir et manifester notre liberté. Assis ici immobiles, silencieux, confiants, généreux, présents à nous-mêmes, si nous commençons par accepter que notre posture n’est pas parfaite, que les pensées vont et viennent, que des centaines d’émotions s’affrontent en nous, que mon corps est récalcitrant à la posture du lotus….. Si vous commencez à vous accepter juste tels que vous êtes dans cette merveilleuse intimité de la méditation, vous faites le premier pas vers le pays de votre splendeur, de votre beauté intérieure, de votre grande liberté.

L’esprit pense. C’est naturel. Il éprouve des émotions aussi, ça fait partie de ses fonctions. Vos cinq sens vivent des sensations, des perceptions, et cela est naturel aussi. Si vous demeurez juste présents à tout ce que vous êtes sans dépendre ni de vos pensées, ni de vos émotions, ni de vos sensations, ceci est le deuxième pas vers votre grande infinie merveilleuse liberté.

On vient dans ce monde les mains vides et on s’en ira un jour les mains vides. Comprenez, ce vide est le plus merveilleux présent que la vie nous fait, ce vide est notre vraie nature, c’est comme ça que nous apparaissons dans ce monde, et c’est comme ça que nous nous en allons, vides, les mains de l’esprit vides. Et ce vide est notre richesse parce que dans ce qui est vide tout peut advenir, tout peut apparaitre, tout, absolument tout, peut être reçu. C’est cela même que nous expérimentons en zazen, ce vide merveilleux, cette vacuité vaste. Si vous y goutez vous verrez toute votre vie changer.

Il s’en vient les mains vides. Il s’en va les mains vides. Voici l’être vivant. Voici l’homme. Voici n’importe quelle créature. Et entre ce moment où nous venons au monde et ce moment où nous partons de ce monde, tout ce que l’on expérimente, tout ce que l’on vit, tout ce que l’on reçoit et tout ce que l’on donne, ne peuvent nous résumer. Nous ne sommes rien de tout cela. Nous sommes juste un grand vide insondable, qui peut tout recevoir, et qui peut se défaire de toute chose.

La vie est comme un nuage flottant qui apparait. La mort est comme un nuage flottant qui disparait. Toute l’histoire de notre existence n’est qu’un jeu entre la vie et la mort. Il y a certes la grande vie, notre existence, l’existence de l’univers, et il y aura un jour, pour chacun d’entre nous, la grande mort, lorsque nos skandhas, nos agrégats se dissoudront. Mais chaque instant qui s’écoule de notre existence est une affaire de vie et de mort. Ceci est la voie enseignée par le Bouddha. Résoudre la grande question de la vie et de la mort.

Avez-vous observé les pâquerettes du printemps ? (il y en a plein dans les pelouses parisiennes en ce moment) Avez-vous contemplé les fleurs des champs ? Elles nous paraissent figées, apparues comme par miracle. Pourtant si on devait les observer tout au long de leur existence, on verrait une graine de vie qui donne une pousse, qui se développe, qui grandit, qui prépare le bourgeon, qui éclate dans ses couleurs et dans sa corolle, qui embaume, qui embellit, puis petit à petit la sève se fait rare, la fleur se recourbe, elle se plie jusqu’à la terre, elle se vide, elle se confond avec la terre, la pelouse pousse par-dessus et son essence a déjà été recyclée.

Il en est de même de notre vie. Et il en est de même à chaque instant de notre vie. Nos pensées, nos émotions, nos perceptions, nos sensations, nos expériences, les phénomènes, traversent notre vie et sans cesse naissent et meurent, apparaissent et disparaissent. Si nous demeurons ouverts et conscients de cela, notre vie sera profondément libre et épanouie. Nous pouvons tout expérimenter, mais conscients que notre vie réelle ne dépend d’aucune de nos expériences. Nous sommes beaucoup plus vastes, plus larges, plus infinis. Comme ici en zazen. Des centaines de pensées vous traversent, des centaines d’émotions, de perceptions, de sensations. Pourtant assis ici dans votre présence vous pouvez constater que vous ne dépendez en rien de tout cela.

Le jour où vous touchez à cette perception, votre vie sera extrêmement joyeuse et pleine d’enthousiasme. Et vous pourrez affronter toutes les expériences de la vie sans dépendre d’aucune d’elles. Ceci est ce qu’on appelle vulgairement le nirvana, l’illumination, notre grande sagesse. Cette voie n’est pas difficile : lorsque amour et haine disparaissent tout devient clair et manifesté.

Il s’en vient les mains vides. Il s’en va les mains vides. Voici l’être vivant. Quand vous êtes né, d’où veniez-vous ? Quand vous mourrez, où vous en irez-vous ? La vie est comme un nuage flottant qui apparait. La mort comme un nuage flottant qui disparait. Mais il y a une chose pure et claire qui ne dépend ni de la vie, ni de la mort, ni du bien ni du mal, ni du bonheur ni du malheur, ni de la joie ni de la tristesse, ni de l’échec ni de la réussite.

Si votre œil-trésor ne dort pas, alors vous pourrez atteindre cela et vous deviendrez à nouveau comme une page blanche sur laquelle à chaque instant vous pourrez décider de peindre la souffrance et l’insatisfaction, ou bien votre sérénité et votre liberté. Et ça, ça, c’est toute votre splendeur.