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votre source spirituelle

 

Kusen  - zazen du 23 mars 2014
Par le moine Federico DaininJôkô Procopio
Paris – Dojo de La Montagne Sans Sommet

 

 

Votre source spirituelle

 

Asseyez-vous sereinement. La base du corps large et bien encrée dans le sol. Le haut du corps droit, sans raideur. Les épaules relâchées,
la nuque détendue. Le regard devant vous. La bouche fermée. Le menton légèrement rentré, aligné avec le nombril. Et lâchez tout.
Abandonnez-vous à la posture, comme une offrande. Le corps ne bouge plus mais il se donne, et le regard ne bouge plus, il devient toute chose. Si vous asseyez correctement le corps, sans écouter aucune distraction, l’envie de bouger, de se gratter le nez, de regarder ailleurs,
si vous abandonnez votre vie à cette posture solide et inébranlable, ici et maintenant, alors votre esprit aussi pourra s’asseoir et s’apaiser.

Pendant zazen il n’y a rien à faire. Rien à obtenir. Rien à atteindre. Juste devenir présence. Ne bougez pas inutilement, et laissez l’esprit s’asseoir. Lorsque la posture est stable, abandonnée, lorsque le brouhaha intérieur s’apaise, alors apparaît zazen. Vous et rien d’autre que vous, éternels et présents. Présents à vous-même, et présents au monde.

Et suivez le souffle. Inspirez lentement. Prenez conscience de ce corps qui se dilate, plein de vie, vivant. Et expirez lentement, en laissant votre existence se dissoudre dans l’expiration. Relâchez tout et poussez l’expiration bien en dessous du nombril, au plus bas de l’abdomen. Videz le corps et lâchez tout. Laissez en suite l’inspiration rejaillir naturellement. Vous venez de renaître.

Asseyez vous avec amour. Ne crispez pas votre corps. Laissez s’asseoir aussi l’esprit paisiblement. N’essayez pas de vous asseoir en zazen, laissez zazen vous asseoir harmonieusement. Et dans cette posture, droite et enracinée, relâchez tout. Suivez le souffle. Silencieusement. Respirez profondément, calmement. Observez votre corps qui se dilate. Prenez conscience de la vie en vous. Puis expirez lentement et profondément en poussant l’expiration jusqu’en bas de l’abdomen en dessous du nombril et en observant le corps qui se vide,
relâchez tout.

Je vais poursuivre le commentaire du Sandokai.

La source spirituelle brille clairement dans la pleine lumière.
Ses ramifications s’écoulent dans l’ombre.
Vouloir retenir quoique ce soit est illusion.

Percevoir sa propre présence c’est l’illumination. La source spirituelle brille clairement dans la lumière. La source est quelque chose de merveilleux. Cette source en nous est quelque chose qui va bien au-delà des descriptions et des paroles. C’est important. Quoique votre esprit puisse concevoir lorsque l’on parle de source spirituelle ou encore d’illumination, ce n’est pas encore cela.
Cette source est notre nature la plus profonde. Votre nature de bouddha. Elle apparaît clairement lorsque assis en zazen vous relâchez tout et vous cessez de courir après vos pensées, vos émotions et vos sensations. Toutefois, que vous pratiquiez ou pas, que vous le perceviez ou pas, cette source demeure bien avant votre réalisation. Il nes’agit pas de quelque chose que vous pourriez goûter. La source véritable n’est ni dépourvue de saveur, ni savoureuse. Beaucoup de gens viennent méditer dans les temples bouddhistes pour atteindre l’illumination. Mais tant que vous poursuivez l’idée de l’illumination, ceci n’est qu’une illusion.

Zazen c’est revenir à cette source merveilleuse, à cette vérité profonde. Mais nous pensons que la vérité est quelque chose que l’on pourrait voir ou comprendre. Dans le bouddhisme la vérité ce n’est pas ça. La vérité est quelque chose de bien au-delà de notre capacité à décrire, bien au-delà de notre pensée. La vérité est que, cette source merveilleuse en chacun de nous, est merveilleuse au-delà de toute description. Elle est merveilleuse au-delà de toute pensée. Elle est merveilleuse au-delà de toute émotion.
S’asseoir en zazen c’est quitter nos pensées dualistes, primitives ou superficielles, et simplement redevenir cette source merveilleuse spirituelle. C’est comme cet homme qui contemple une rivière et qu’il croit voir l’eau. Mais l’eau de la rivière ne se limite pas à la rivière. La terre même qui est le lit de la rivière est imbibée d’eau. Aussi quand vous vous regardez dans une glace vous croyez vous être vus, mais cette image ne peut résumer ce que vous êtes. Le miroir ne peut montrer vos pensées,vos émotions, vos perceptions, vos sensations, et tout ce qui n’est pas descriptible. Ainsi quand vous vous regardez pensez toujours ô combien vous êtes plus vastes que cette image de vous. Mais le penser n’est pas suffisant, cela reste superficiel. Il faut le réaliser, le manifester.

Zazen, c’est un défi car il est question de vous abandonner à votre grandeur, à votre immensité, à tout ce qui va bien au-delà de ce qui est visible et tangible, de ce que les mots peuvent en quelque sorte décrire. Et cette perception de vous, engendre l’enthousiasme, la félicité,
la liberté. Assis ici, silencieux, sur ce coussin, qui est celui qui est assis ?

Percevez votre corps, suivez votre souffle, observez vos pensées, prenez conscience de vos perceptions et, quand vous aurez scruté cela, demeurant en zazen, ayant tout lâché vous pourrez découvrir cette source merveilleuse qui est bien plus inconcevable de tout ce que l’on peut décrire. Laissez simplement le souffle aller et venir. Faire un avec votre souffle et merveilleusement manifester votre source spirituelle, c’est résoudre l’affaire de toute votre vie et de votre mort. Ne perdez pas votre temps.

Cette source spirituelle vous en avez tous fait l’expérience ces derniers beaux jours. Lorsque ce printemps s’est manifesté si tôt, tout le monde a été capable de décrire le ciel bleu, la chaleur, le retour du chant des oiseaux, la magnifique floraison des arbres,...tout le monde. Mais l’essence de tout cela, l’essence véritable de toute cette vie qui a explosé, de lumière et de couleur, qui peut la décrire ? La beauté d’une fleur de prunier, qui peut la raconter ? Il en est de même pour vous.
Lorsque vous vous observez profondément sans rien attendre, dans ce silence intime de zazen, vous arrivez à un point où cette vie incroyable qui vous traverse ne pourra être plus décrite ni par les mots, ni par les pensées, ni par les concepts, ni par les images. Elle ne pourra que se manifester. Exister.
Ceci est votre source spirituelle. Et cette source spirituelle, est votre plus grande liberté. C’est l’endroit même où vous ne dépendez plus ni des mots, ni des pensées, ni des concepts, ni des émotions, ni des sensations. Et quand j’énumère cette liste on a l’impression que l’on va tout perdre et pourtant ce jour là, cet instant où vous percevez cela, vous aurez tout gagné.

Ce point profond qui est en vous, est libre de tout concept.
La beauté d’une fleur de prunier, qui pourrait la décrire ? Observez en vous tout ce qui est visible et tout ce qui est descriptible pour aller au-delà, et pour manifester tout ce qui est invisible et indescriptible, et qui pourtant, constitue votre vie.

Ainsi la grande question même : quesuis-je ? qui es-tu ? qu’est ce que la vie ? qu’est ce que la mort ? qu’est ce que le bien ?
qu’est ce que le mal ? tout cela tombera de lui-même. Car ce qui compte pour atteindre cette source spirituelle n’est plus de décrire mais de devenir, n’est plus d’être ceci ou cela, mais d’être tout simplement.

Une rose, si vous l’appeliez autrement que rose, exalterait-elle le même parfum, aurait-elle la même beauté ? s’épanouirait-elle de la même façon ? ……...aussi quand la fleur fane,où s’en va son parfum ?

Si demain les hommes ne pouvaient plus parler, que resterait-il de nous ? Cela est notre source merveilleuse spirituelle la plus vraie.
Quand tous les mots cessent, lorsque tous les concepts sont taris, lorsque nous ne dépendons plus ni des émotions, ni des pensées,
ni des sensations, que reste-t-il ? que reste-t-il dans cette grande liberté ? Ceci est votre source merveilleuse.

Alors méditez. Quand la fleur fane où s’en va son parfum ? Je vous en prie ne laissez pas vos jours s’enfuir sans atteindre et manifester, révéler votre source merveilleuse.