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De l'amour de soi

 

Kusen (enseignement oral pendant la méditation)
dispensé par le moine zen Federico Dainin Joko PROCOPIO le dimanche 26 janvier pendant la soirée de méditation au dojo zen "La Montagne Sans Sommet" à Paris.


De l'amour de soi

 

nstallez vous à nouveau dans le souffle.
Et laissez, comme vous l’avez appris, les paroles mentales, toutes ces pensées, ces discours intérieurs, les émotions, les sensations, les perceptions... laissez tout ceci juste passer dans votre vie comme des nuages dans le ciel. Devenez ce que vous êtes vraiment c’est à dire une immensité, un ciel infini.
Nous manquons à nos vies parce que nous vivons trop à la surface de notre existence.

Un des principes fondamentaux de l’enseignement du Bouddha est « metta », l’amour, la bienveillance.
Nous cherchons tous l’amour.

Nous le demandons et nous voulons aussi le donner. Ceci est une chose noble. Vouloir être aimé est juste. Ressentir le besoin d’aimer est juste aussi. Seulement notre amour, nos amours, sont parfois gauches, imparfaits, déséquilibrés. Ils se transforment souvent en déception, en souffrance.
Pourquoi ? Parce que, ce que nous avons oublié, est que le premier être à aimer, ici, c’est moi !

Le premier être envers qui diriger mon amour, ma bienveillance, « metta », c’est moi-même. Nous ne nous considérons pas nous-même en ces termes et du coup notre existence est un gouffre vide d’amour.

On pense que les gens s’intéressent à la façon dont on gagne notre vie ou à ce que nous possédons ; mais ce n’est pas ça qui est important. Ce qui est important c’est de savoir à quoi l’on aspire, si nous osons vivre ce désir ardent dans notre cœur qu’on appelle le bonheur, la plénitude. L’existence.

On a peur de l’âge. Certaines personnes ont honte d’être trop jeunes, d’autres qui n’osent pas dire leur âge avancé... Mais ce n’est pas notre âge qui est intéressant ; la jeunesse n’est pas synonyme d’immaturité ni la vieillesse synonyme de sagesse ; l’inverse non plus. Ce qui compte c’est de savoir quel est notre quête d’amour, quels sont nos rêves profonds et si cette aventure de la vie nous rend bien vivants, débordants de vie, quitte à être tellement brillants d’enthousiasme et à passer pour des fous. Ce qui est intéressant, important, ce n’est pas notre érudition non plus. Et pourtant toutes nos expériences, tous nos « savoirs » sont des enseignements précieux. Ce qui est important, c’est de toucher au centre de notre propre souffrance car là il y a le véritable apprentissage. Le véritable maître.

Laissons toutes les trahisons, les déceptions, les souffrances que nous avons vécu nous ouvrir, au lieu de nous enfermer dans la peur.
Ce qui est important c’est de ne se laisser enfermer ni par les craintes, ni par les blessures du passé, ni les blessures à venir. Pouvez-vous vivre avec la douleur ? La votre et celle d’autrui ? Pouvons-nous vivre avec nos souffrances ? Sans nous agiter pour les cacher, pour les amoindrir ?

Et aussi, pouvez-vous vivre avec la joie ? La vôtre et celle d’autrui ? Oseriez-vous faire de votre vie une dance, vous laisser envahir par l’extase jusqu’au bout des doigts, des orteils, sans être méfiants ni trop réalistes, sans être esclave des conditions humaines, des dogmes intellectuels ou des stéréotypes de ce monde fou ?
Ce qui compte ce ne sont pas les histoires qu’on se raconte. Etes vous prêts de décevoir quelqu’un quitte à rester vous même ? Etes-vous capable de supporter la calomnie, la trahison, sans pour autant devenir infidèle à votre âme ?

Apprendre à apporter un regard d’amour sur nous-même signifie se faire confiance profondément sans limites. Alors vous serez capables de voir la beauté même dans les lieux et les situations les plus sombres.

C’est dans cette beauté que vous trouverez la source de votre vie. Vous pourrez alors même vivre avec l’échec, le votre et celui d’autrui. Et malgré cela rester debout au bord d’un lac et crier « oui ! » face au disque argenté de la lune éternelle.

L’endroit où nous vivons n’est pas important ni la quantité d’argent que nous gagnons. Ce qui compte est de savoir si vous vous êtes faits suffisamment confiance pour que même après une nuit de chagrin, de désespoir, vous pouvez vivre, rester debout et faire ce qui est nécessaire pour vous, pour ceux qui vous aiment, vos enfants, vos parents, vos amis, vos proches, et bien au delà... Ce que vous êtes, la façon dont vous êtes venus par ici n’est pas importante, mais saurez-vous rester au centre du feu de la vie sans reculer ?

Ce qui compte n’est pas ce que vous avez étudié, ni où, ni avec qui. Ce qui compte est ce qui vous soutient à l’intérieur de vous-même, ce qui vous soutient lorsque tout le reste vous écroule. Etes-vous sûrs d’être capables de rester seuls avec vous mêmes, en vérité, et de garder avec vous-même la joie ?
Porter un regard d’amour sur soi c’est commencer à être en plénitude.

Faire confiance, vous faire confiance, comme à cet instant où vous vous êtes assis ici dans ce dojo, où vous avez tout abandonné. Voilà. Porter ce regard d’amour dans toute votre vie bien au delà du dojo, signifie comprendre que votre vie est comme une toile blanche, sur laquelle à chaque instant vous pouvez faire le choix libre d’y dessiner la joie, le bonheur, ou d’y dessiner l’insatisfaction…. et ça, ça, c’est toute notre splendeur.

Je vous en prie, n’abandonner pas la méditation. Ne vous quittez pas. Ne vous perdez pas.

Apprenez à vous retrouver, avec les autres dans le silence et vous approfondir pour que votre vie soit comme la floraison des pruniers sur la terre d’Orient, que votre vie soit comme l’encens que l’on offre et son parfum suave qui embaume, une toile blanche sur laquelle vous décidez à tout moment d’y peindre le bonheur ou l’insatisfaction.
Toute votre splendeur. Suivez le souffle. Devenez ce que vous êtes.