bouddha

Le bouddhisme c'est quoi ?

"On peut allumer des dizaines de bougies à partir d'une seule sans      
en abréger la vie. On ne diminue pas le bonheur en le partageant"
Bouddha

Il est très fréquent de devoir répondre à cette question :

« …le bouddhisme est une religion ou une philosophie ? »…
 

Notre besoin d’étiquettes se manifeste sans cesse et sans doute il est bon de tenter d’y répondre.

On nous a tellement inculqué qu’il y a des religions, et que celles-ci détiennent les «vérités» fondamentales, qu’en posant cette question sur le bouddhisme, sans doute de façon détournée le questionneur veut s’inquiéter d’une «vérité» absolue autre, à chercher, saisir, atteindre.

 

Dans ce sens là, non. Le bouddhisme n’est pas une religion comme il est entendu par les trois grandes cultures monothéistes.

 

Le bouddhisme ne défend aucune vérité dogmatique, n’entretient aucun mystère inaccessible, ne cultive aucune détention de l’absolu. Mais il est sans doute question ici de la dénomination «religion». Car dans son sens profond, le bouddhisme est une religion. Certes quand on constate ce que la culture chrétienne, puis musulmane, ont fait du mot «religion», un abîme sépare le bouddhisme de tout cela. En effet dans le bouddhisme il n’est ni question d’un Dieu au delà de l’homme, ni d’un ordre dogmatique dans lequel il est imposé en ‘sine-qua-non’ ce qu’il faut faire et ce qu’il faut croire.

 

Si on définit la religion comme étant un ensemble de croyances et de pratiques pour un groupe ou une communauté, on pourrait , certes, commencer à s’approcher de ce que le bouddhisme est devenu formellement au fil de presque trois millénaires. Et pourtant, cette définition reste floue, trop floue pour une voie qui depuis le commencement se voulut pragmatique, accessible, simple, adogmatique et surtout universelle.

 

Alors il serait bon de distinguer le mot «religion» en ce qu’il est devenu au cours de ces deux millénaires passés, de la définition «d’expérience religieuse». Dans le premier, on y voit bien tout l’appareil hiératique, politique, dogmatique, exclusiviste que l’on connaît trop bien ; alors que dans la définition "d’expérience religieuse" ont saisit instantanément le cheminement intérieur, sans exclusivité, sans conditions requises, sans discrimination ni dogme autocratique.

 

La racine de ces définitions reste, bien entendu, le mot latin "religare", relier. Mais plus précisément re-lier, c’est à dire assembler, fusionner, joindre, lier, raccorder, unir ce qui avait été disjoint, parfois rompu, séparé.

Cette notion de re-lier, indique implicitement qu’originellement ce qui doit être re-lié, était déjà lié, uni, unifié.

Relier donc quoi à quoi ? qui à qui ?

 

Si dans les religions monothéistes toute cette question a été concentrée et trop souvent réduite à l’union entre l’homme et son Dieu, un Dieu qu’il ne peut ni voir, ni toucher, ni discerner, ni avec qui il puisse disserter, ou questionner, un Dieu qui pour exister a besoin forcement d’un homme qui s’élève au rang d’intermédiaire ; dans le bouddhisme ce qui est à relier est en nous. C’est nous même à nous même. Nul besoin d’un intermédiaire avec une entité invisible et occulte. Ce qui est à unifier, à relier, est ici. Et ici, tout l’univers est déjà présent.

 

C’est intéressant tout compte fait comme ce mot «religion», re-lier colle parfaitement à l’expérience bouddhique lorsqu’on sait le lire et le comprendre.
Se relier à soi même c’est s’unifier avec sa propre réalité, et par la même en ricochet, avec la réalité de tous les êtres et de l’univers ; c’est ne plus chercher une force subjective et hypothétique à l’extérieur de soi, mais s’encrer en soi, profondément ; arrêter de chercher un jugement ou une miséricorde supérieurs se laquelle faire dépendre sa vie, mais devenir le seul observateur intime juge juste et miséricordieux de soi même ; se re-lier à soi même signifie grandir, prendre à bras le corps toute notre vie, et avec elle nos responsabilités, cesser de mettre dans la bouche et dans les mains de ce «dieu hypothétique» nos besognes, voire nos sales affaires, nos propres jugements, nos discriminations et nos petitesses. Se re-lier nécessite le désir ardent de retrouver notre immense liberté. Se re-lier, dans le bouddhisme c’est se libérer. Y compris de l’idée d’un Dieu supérieur et absolu.

 

Lorsqu’on se retrouve pleinement en soi, on se retrouve pleinement «partie du monde», une manifestation parmi tant d’autres ; ni supérieure ni inférieure.

De cette vision claire de soi, naît la vision claire de l’autre.

 

Loin d’une vision nihiliste, ou bien anti théiste, le bouddhisme cultive aussi un panthéon et reconnaît des mondes de dieux, de saints et de prophètes, mais ceux-ci ne détiennent pas l’univers, ne le régissent pas, n’en sont ni rois ni gouverneurs. Ces autres formes d’existence, ne sont que d’autres formes d’existence.

 

S’appuyant sur l’Eveil du Bouddha historique, le bouddhisme enseigne que tous les êtres, sans distinction aucune, possèdent en eux cette nature d’éveil. Profonde sagesse, immense compassion, parfaite vision, pur amour, et infinie bonté. Tous les êtres sont des bouddhas parfaitement accomplis et portent en eux sagesse et bonté ; ils doivent simplement apprendre à laisser cette nature briller en eux et au delà d’eux. Le chemin pour y parvenir commence par la réconciliation avec soi, puis le détachement des illusions. Et si le Bouddha historique est le maître originel, l’exemple vivant de cette nature profonde, il n’en est à aucun moment ni juge de l’univers, ni supérieur.

 

Le maître zen Mang Gong reçut un jour son disciple Do Shin :

- Maître, mais comment devons nous considérer le bienheureux Bouddha ? comme un prophète ? un saint ? un arahat ? un dieu ?

- Qu’est-ce donc Dieu pour toi, ô moine ?

- Dieu ? Dieu est cette énergie, cette entité, cette réalité qui crée la vie et la mort, le bien et le mal.

- Ce n’est pas totalement faux ô moine, mais dis-moi : es-tu, toi, capable de créer le bien et le mal ? la vie et la mort ?

- Je le suis à chaque instant, Maître.

- Alors tu n’as pas besoin de Dieu, tu n’as pas besoin d’un être supérieur et extérieur à toi, avec qui tu ne pourras avoir d’échange, ni de réponse ; que tu ne peux ni toucher ni même voir autrement que par des sottes représentations humaines, et pire encore, dans les mains duquel tu remets toute ta responsabilité et avec elle ton immense liberté. Crée le bien, donne la vie, sème la bienveillance, distribue la bonté et la justice ; apaise toute souffrance et soulage toute détresse. Soit vrai. Ceci est Dieu.

 

Le bouddhisme est certes une philosophie de vie, sans doute une religion qui a construit ses codes, rites et théologies au fur et à mesure des siècles, mais il est avant tout l’expérience intime que chaque être vivant peut faire dans ce chemin d’unification profonde.

 

S’il devait y avoir une croyance profonde ce serait sans doute celle que chaque être est le seul écrivain de son existence. Que cette vie est une toile blanche matrice et trame des effets de toutes les causes que nous produisons instant après instant. Nous pouvons choisir d’écrire le bonheur ou le malheur, pour nous et par conséquent pour les autres. Et ceci est notre immense liberté, notre plus grande splendeur. Il n’y a pas besoin d’un Dieu qui fasse à ma place (par le biais d’un autre homme intermédiaire), mais que toute la beauté du monde, la force de vie est ici en moi. Me traverse. Autour de moi.

 

Ce n’est plus la « volonté de Dieu » qui veut qu’il y ait famine ou abondance, vie ou mort, bonheur ou malheur. Il n’y a plus de Dieu qui décide quel peuple serait élu, ou pas. Mais nous sommes responsables du bien aller ou du mal aller de ce monde.

Il y a juste la vie, cette vie qui traverse toutes les existences et qui se donne comme un présent, au présent, dont nous déciderons d’en faire du bien, ou du mal, d’en engendrer vie ou mort.